Paroles inspirées par Jacques Salomé

Jacques Salomé, décoré de la médaille d’officier de l’ordre national du Mérite
par le ministre de l’Éducation nationale pour ses travaux sur la communication à l’école,
nous fait part de ses découvertes et ses enthousiasmes de la vie.
Atteint par la maladie, Jacques Salomé s’exprime par l’interprétation présente
et accueillante de son épouse Valeria.

Communication

J’estime que la communication humaine est au cœur de toute existence, elle est la sève ardente du vivant. J’œuvre depuis un demi-siècle pour proposer de manière active une autre façon de communiquer, plus vivante, plus relationnelle et sans violence. Une façon de mettre en commun au travers d’un échange ou d’un partage, de favoriser le tissage des liens et des relations permettant à chacun des protagonistes de se respecter et, si c’est leur souhait, de s’amplifier mutuellement. Car le seul enjeu réel d’une relation, c’est d’en sortir plus beau et plus vivant.
Il me paraît plus que jamais nécessaire et vital, aujourd’hui et encore plus demain, de se donner les moyens d’apprendre l’art de communiquer, de mettre en commun. J’ai le souhait qu’un jour la méthode ESPERE® (Énergie Spécifique Pour une Écologie Relationnelle Essentielle), que j’ai créée, puisse servir de support à un apprentissage de la communication relationnelle à l’école, qu’elle soit enseignée comme une des bases de la scolarité, au même titre que lire, écrire, compter et s’exprimer.
Prise de conscience
En matière des relations humaines, la prise de conscience de notre propre responsabilité est nécessaire, et l’engagement, la responsabilisation constituent les preuves de notre avancement. Je suis impressionné de voir comment, à partir d’un élément déclencheur vécu directement ou indirectement, peuvent s’amorcer un processus de conscientisation, une démarche de changement, un parcours pour un mieux-être, et surtout une aspiration plus grande à se respecter. Se respecter soi dans l’apprivoisement de ses émotions, dans l’écoute de ses désirs et de ses besoins, dans la confirmation de ses choix. Se respecter dans une relation par une prise de position, par l’affirmation devant l’autre, et non contre lui, en lui permettant d’entendre ce qui fait notre unicité autant que ce qui fait notre altérité.
Le principe de la responsabilisation est d’accepter que nous soyons partie prenante de tout ce qui nous arrive et surtout de ce que nous en faisons dans notre vie. Pour moi aujourd’hui, l’ultime combat ne consiste pas seulement à me respecter en refusant de participer à la lente dégradation du vivant, mais à rester vigilant de façon à maintenir ma conscience éveillée, à lutter contre les facilités d’une conscience que je voudrais apaisée alors qu’elle s’est endormie.
Vivance
C’est la vivance qui nous fait mieux ressentir nos émotions, nos sentiments, l’enthousiasme qui nous traverse dans la rencontre du beau et du bon. C’est cet élan de vie, ce rayonnement, cette lumière intime qui nous habite et qui émane de nous à certains moments de notre vie. Il me semble que le sens profond de notre passage sur la Terre consiste non seulement à préserver la vie que nous avons reçue en dépôt, mais aussi à l’agrandir et à l’embellir pour laisser à l’Univers plus de vie qu’il ne nous en a donnée au moment même de notre conception.
Chaque jour, je me réveille avec le projet d’ajouter un peu plus de vivance à ma vie pour la pousser plus loin, pour l’agrandir encore un peu.
Générosité
La vraie générosité, ou du moins celle qui me paraît la plus élégante, la plus donnant, la plus porteuse de bon, est celle qui permet à celui qui reçoit de ne pas se sentir dans la dette, ni dans l’obligation d’avoir à rendre et encore moins dans la culpabilité de recevoir. Elle est portée par une intentionnalité libre de toute demande, quand donner et recevoir deviennent une même vibration.
Je milite aujourd’hui pour une générosité vivifiante, qui donne du bon à celui qui donne comme à celui qui reçoit. Une générosité avec une coloration particulière, celle contenue dans la tendresse qui circule dans certaines relations. Et je sais aussi accueillir la générosité rieuse, pleine de douceur et de paix, qui reste longtemps présente en moi, bien après la rencontre. Une générosité semblable à une vague de fond, capable d’agiter en profondeur toute une existence pour lui donner une qualité de vie rare, appelée grandeur d’âme.